Archive for the ‘Pascale Bourassa’ Category


Le journaliste Louis Émond, dans le numéro d’automne 2009 consacré à la rentrée littéraire, fait l’éloge du roman Le puits de Pascale Bourassa.

Quelques extraits :

Nouvelle image« Ce roman, qui compte parmi les premiers de la nouvelle maison La grenouille bleue, a quelque chose de neuf. Pas seulement à cause de sa jaquette, somptueuse, mais par sa manière de suggérer en tournoyant autour de mots répétés. (…)

« Mélopée. Le mot revient durant la lecture de ce roman envoûtant. Ou bien litanie. Cantique. Quelque chose de beau et de sacré, mais d’un sacré qui, sans renier sa part de mystère et de grandeur, ne tournera jamais le dos à une dimension plus charnelle, plus brûlante. Celle de la vie. Une écriture en circonvolutions, spiralée autour de chaque idée à la manière d’un corps qui se love. Ou d’un corps en chute libre. Pascale Bourassa scrute les âmes en usant d’une poésie singulière (…). »

danyÉgalement, Tous les chemins mènent à l’ombre, le recueil de nouvelles  de l’auteure Dany Tremblay, qui a été lancé jeudi dernier, devient le premier livre du mois d’un nouveau club de lecture.  Né de la collaboration de CBJ, de la libraire Les Bouquinistes, du Conseil régional de la culture et  de Progrès-Dimanche, ce club permettra à ses membres de partager leurs réflexions sur une lecture commune d’un écrivain québécois.  Le premier samedi du mois, l’énergique écrivain et critique littéraire Yvon Paré commentera  et présentera l’ouvrage retenu à l’émission Beau temps, mauvais temps, ainsi que dans le Progrès-Dimanche du lendemain.

yvonYvon Paré

On peut adhérer à ce club en envoyant son nom, son adresse civile et un courriel à : clubdelecture@lequotidien.com


Pascale Bourassa (suite)

posted by Alain Gagnon
juil 13

Un avant-goût de l’atmosphère et du style de Pascale :

pascale-dans-son-aparte2EXTRAITS DE SON ROMAN LE PUITS :

Au fond, le noir écorche mes yeux. Mes yeux sanglants à force de trop regarder, toujours la même lumière blanche, trop crue, et là, maintenant, revêtue d’une lourde cape noire qui tente de m’engloutir entre ses plis. Le fond est là. Bientôt là. Je l’entends qui m’appelle, qui frappe déjà à ma porte. Il m’invite, il me force à le suivre. Je suis prise de force. Rien n’y fait. J’aurais peut-être pu survivre à une autre époque. Peut-être que non. Le fond glauque, noirâtre, m’aurait juste attendue un peu plus.

En attendant, j’ai le vertige. Le vertige qui m’entraîne toujours plus bas. Et je meurs, mais je meurs depuis longtemps, je n’en peux plus de mourir. Qu’on me tue enfin !

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Une petite souris avait volé dans un arbre.

Légère comme un oiseau. Une âme errante accrochée, un nœud coulant autour du cou. La tête qui pend, se balance, et l’univers qui soudain se trouble. Dans cette forêt broussailleuse, je souffle sur le brouillard, mais il tend les bras, il me tire et me noie. Mon âme, la plus forte, peut-être, m’admoneste et me force à admettre mon erreur.

Mais je me retiens toujours à la branche de l’arbre. J’ai peur de la casser.

Je vole encore, oh petite plume et je me sens de plus en plus libérée, même si mes souvenirs collent à ma peau, mordent ma chair comme de petits serpents venimeux. Je vois l’arbre au loin, ses feuilles qui bruissent dans le vent avec deux petites filles accrochées à ses branches qui se balancent, se balancent et s’élancent… Et tout doucement l’âme apparaît, on la voit – oh chaleur lumineuse ! – qui les fait s’envoler.

Comme un œil jeté nonchalamment sur un paradis perdu, je ferme les miens et je feins de m’endormir dans ce coton noirâtre pour ne pas sentir mes larmes brûlantes de regrets, – oh l’amer ! -  qui m’inondent.

Et je rêve que je suis une petite fille qui s’envole, une branche dans une main et une âme dans l’autre.

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La maison était vide.

Il n’y avait personne dans la maison grise. On avait déposé les bagages près de la porte et c’était comme si on était dans une maison inconnue, à une autre époque ou dans une autre ville. Il n’y avait personne, alors Angélique avait regardé par la fenêtre, la fenêtre sur laquelle elle avait tracé un cercle pour voir dehors, pour voir à travers la poussière. Il y avait plein de monde, des gens agglutinés autour du puits, des gens comme un essaim d’abeilles. Elle avait cru apercevoir Josef au loin, mais elle n’était pas certaine, Josef avec un paquet dans les bras. Elle tentait de distinguer une petite tête blonde, le petit garçon, puis une autre, une brune, cette fois-là, la tête de sa sœur et de ses jeux d’enfant, mais elle ne voyait rien. Il y avait le boulanger avec sa femme, pensait-elle, puis le forgeron, et le prêtre aussi, le prêtre de la petite église, puis le docteur du village. Des gens partout. Pas de petit garçon ni de sœur.

Angélique s’était avancée vers le puits. Elle s’était avancée vers la masse bruyante des gens autour du puits. Elle sentait quelque chose, quelque chose de mauvais. Albertine allait sûrement tout lui expliquer. Josef l’avait aperçue. Ses yeux avaient croisé les siens, un autre sursaut dans son cœur, ses yeux comme pour lui dire aussi de ne plus avancer. De ne plus bouger. Angélique avançait toujours. Elle suivait le même chemin que sa sœur quelque temps auparavant, avec l’amant et le bébé laissés loin derrière. Angélique s’approchait du puits. Il y avait quelque chose sur le sol avec les gens tout autour, quelque chose comme un corps. Oui ! C’était ça ! Un corps blanc et mouillé, c’était Albertine qui dormait sur le sol. Pourquoi pas ? Il faisait beau et l’herbe était fraîche. À cet instant, Angélique avait couru vers Albertine. Elle avait couru pour étreindre le corps mort étendu par terre.

Le corps n’avait pas bougé. Pas un seul geste. Angélique avait eu beau l’étreindre de toutes ses forces, le soulever haut dans les airs et le secouer énergiquement, le corps n’avait toujours pas bougé. Josef s’était avancé, puis avait pris Angélique sans ses bras, Angélique, son amour, Angélique comme un cadavre elle aussi. Il lui avait baisé le front et l’avait amenée pantelante, il l’avait amenée dans la maison pour la coucher dans un grand lit blanc.

Dans ce grand lit blanc, Angélique était couchée depuis longtemps, ça pouvait faire des heures qu’elle était là ou plusieurs jours, elle ne savait pas. Elle croyait voir son amant de temps en temps, elle ne le reconnaissait pas, et croyait apercevoir Josef aussi, et la petite Victoria, (à  elle, elle parvenait à sourire un peu) ; elle avançait une main, puis effleurait ses délicats cheveux blonds. C’était le fil qui la forçait à garder les yeux ouverts, même si elle voulait les fermer pour toujours, les yeux grand ouverts devant la petite fille blonde comme un ange. Un jour, on lui avait amené un autre bébé. Il n’était pas blond, celui-là, il était noir avec une auréole rousse. C’était Albertine. Angélique ne rêvait pas, elle avait reconnu Albertine, son visage doux et joyeux, et ses cheveux ; elle avait reconnu Albertine, Albertine avec son bébé à elle : deux sœurs à nouveau réunies. Angélique avait avancé une main pour toucher les cheveux d’Albertine, des cheveux comme des fils de soie. Albertine qui était redevenue une petite fille comme dans leurs jeux d’enfant. Comme elle l’avait toujours voulue. Angélique lui apprendrait à voler. Elle volerait autour d’un arbre, une autre petite souris avec elle, deux petites filles sur une branche.

On irait chercher le petit garçon blond, se disait Angélique, on irait le chercher et on prendrait place, tous, toute la famille, autour de la table. Une famille normale enfin.

Je sentais l’humidité plus intense. C’était un peu plus bas, l’eau enfin. J’ai eu un peu peur quand j’ai senti que j’allais y plonger bientôt, la peur, mais aussi un grand soulagement ; enfin  l’ombre était là, la vraie, pas l’ombre de quelqu’un d’autre. Une ombre d’humidité, comme une chaleur bienfaisante. C’est ma tête, la première, qui a senti l’eau la traverser. C’était froid au début,  mais on s’y fait tellement vite. J’ai senti ma tête d’abord, puis le reste de mon corps. Un froid, puis une chaleur immense.



Pascale Bourassa : Le Puits

posted by Alain Gagnon
juil 11

Aujourd’hui j’aimerais vous présenter Pascale Bourassa dont le roman, LE PUITS, paraîtra en août prochain.

pascale-dans-son-aparte

Résumé

Début du vingtième siècle, au Québec. Deux sœurs, Angélique et Albertine. Le récit s’amorce quand elles sont enfants. Une famille. La mère, triste de son existence, voit avec déception ses enfants partir un à un. Le père mène sa vie en automate et constate la dégradation de sa relation avec son épouse, même s’il éprouve une grande passion pour elle. Angélique et Albertine deviennent femmes. Albertine, plus timide et réservée, rêve d’une vie tranquille. Angélique épouse un voisin, Josef, et lui donne un fils, Antony. Mais elle se sent prisonnière de son rôle social et rêve de devenir peintre, comme sa mère avant elle. Elle laissera donc Antony aux bons soins de sa sœur et offrira littéralement son mari, Josef, à Albertine qui l’aimait déjà en secret, et quittera tout. Elle vivra à Québec avec un amant et y concrétisera son rêve de peindre.

Josef, compagnon d’Albertine et ancien époux d’Angélique, est écartelé entre ces deux femmes et passe ses journées à boire à la taverne du village, tandis qu’Antony écrit des lettres d’amour enflammées à sa mère. Il se consolera auprès d’une fillette asiatique qui deviendra son amie. Elle permettra au garçon esseulé de s’évader grâce aux bribes de culture chinoise qu’elle lui présente et qui les font rêver. Angélique et Albertine, marginales pour leur époque, seront perçues comme dangereuses, sorcières, par les gens du village.

Les destins de ces deux sœurs s’entrecroisent dans un mélange de fureur, de folie et de lucidité, jusqu’à ce qu’elles s’unissent à jamais au-delà de la mort, par la mort/naissance qu’offre ce puits où lumière et ombres fusionnent… Tout ceci dans un style envoûtant, incantatoire, qui enveloppe et distingue, riche. Riche non seulement par l’esthétique, l’expression, mais aussi par ses musiques de mers sourdes et ses échos de grottes intérieures. Le tout marié à une faculté d’analyse qui déconcerte. Une expérience de lecture que l’on n’oublie pas.

NOTICE BIOGRAPHIQUE :

Pascale Bourassa est née au Lac-Saint-Jean dans une petite ville près d’une rivière. Elle a demeuré neuf ans à Montréal où elle a fait des études en création littéraire et obtenu une maîtrise en 2001. Pascale adore la lecture, et ses gouts littéraires sont très variés. Parmi ses auteurs préférés, on retrouve : Virginia Woolf, Victor Hugo, Léon Tolstoï, Zelda Fitzgerald, Arthur Rimbaud. Chez les auteurs québécois, elle aime beaucoup St-Denis Garneau, Gabrielle Roy et Ying Chen. Elle avoue avoir été influencée par Anne Hébert dont elle admire les œuvres. Son écriture s’inscrit en partie dans le mouvement psychanalytique. Pascale Bourassa pratique également l’écriture automatique : elle croit que le roman se construit autour de l’écriture et que c’est dans et par l’écriture que l’histoire émerge. Pascale écrit depuis son tout jeune âge. Elle écrit pour le plaisir et pour transmettre sa vision du monde. Sans utiliser l’écriture autobiographique, elle s’inspire des gens qui l’entourent et qu’elle aime observer et analyser. La psychologie humaine la fascine. Elle adore découvrir de nouveaux pays et de nouvelles cultures. Elle habite maintenant l’Alberta et montre une prédilection pour les grands espaces, calmes et sauvages, de l’ouest canadien ; toutefois, l’eau lui manque beaucoup dans ces contrées sèches et planes. Elle apprend à connaître la culture anglophone, mais la culture québécoise lui manque. Le Puits est son premier roman.

CE QUI CARACTÉRISE SON ÉCRITURE :

· Une nouvelle auteure, une nouvelle voix, une esthétique.

— Une langue propre à cette jeune romancière ; une nouvelle musique ; une nouvelle façon de faire chanter la phrase française.

Un premier roman qui fera époque dans la littérature québécoise.

Un récit intimiste qui ne peut laisser indifférent.

Un récit féministe à chaud. Existentiel. Sans dialectique, sans démonstrations. Une expérience envoûtante de fureur et de désir.

Un roman qui se résume avec difficulté parce qu’il est aussi complexe et touffu que la passion, que l’érotisme impérieux qui le sous-tend.

(À suivre…)